Un blog anarchiste chrétien

Bien entendu, une société anarcho-chrétienne est tout autant une utopie que n'importe quelle société anarchiste! Ça ne peut fonctionner qu'en très petites communautés et ça ne peut pas menacer sérieusement le système capitaliste sous peine d'être immédiatement écrasé par ce dernier. Mais outre la beauté de l'utopie, l'anarchisme chrétien possède une beauté pratique incomparable! Il ne s'agit pas que d'une façon d'organiser la société. En fait il s'agit principalement d'une façon d'organiser sa propre pensée, de modifier son attitude.

Pour plus d'informations sur ma vision de l'anarchisme chrétien, cherchez "Pourquoi l'anarchisme chrétien?" dans les archives de ce blogue (novembre 2008).

samedi 20 mars 2010

Réconciliation

"Nous croyons en Dieu qui a créé et qui continue à créer, qui est venu en Jésus, Parole faite chair pour réconcilier et renouveler, qui travaille en nous et parmi nous par son Esprit." (Confession de foi de l'Église Unie du Canada)

Il n'y a pas si longtemps (quelques années), parler de foi était pour moi le pire des tabous. C'était pire que de dire des gros mots ou de faire des blagues vulgaires ou de mauvais goût... Je me sentais très mal à l'aise dès qu'il était question de foi. J'avais probablement peur d'être jugée, d'être cataloguée "Jesus Freak" et d'être mise à l'écart... Il y a quelques années, je n'aurais jamais imaginé que je puisse un jour écrire les lignes qui vont suivre...

En 2007, j'ai visité le monastère des pères chartreux sur le Massif de la Chartreuse en France. J'écoutais avec fascination un moine parler de sa vocation et de sa vie monastique. Il disait que Dieu lui rendait la vie facile, parce qu'Il travaillait en lui pour le transformer: "Ce n'est pas si difficile! C'est Dieu qui fait tout le travail!" J'écoutais et je guettais la réaction de mes amies... J'enviais l'expérience spirituelle de ce moine, mais je n'aurais jamais osé le dire... Et je n'aurais jamais pensé vivre une expérience comparable.

Il y a longtemps que Dieu travaille en moi, qu'Il fait grandir ma foi et ma confiance en Lui... Mais dernièrement, j'ai ressenti Son pouvoir transformateur tel que le décrivait le moine chartreux et le Royaume de Dieu m'est apparu comme une réalité tangible plutôt que comme un vague espoir. Je relis ma phrase et je trouve que ça sonne très soudain... Mais c'est plutôt comme un jardin où on sème quelques graines de brocoli, on n'y voit rien pousser et, tout d'un coup, ce qui se préparait sous la terre devient visible. Les pousses de brocoli ne sont pas arrivées là du jour au lendemain... C'est seulement qu'on ne les voyait pas grandir sous la terre.

Depuis que je fréquente l'Église en tant qu'adulte, les quelques fois où je suis allée à un service dans une église Catholique romaine, c'était surtout des services oeucuméniques. Samedi soir, je suis allée à la Nuit de de l'adoration au Sanctuaire du Saint-Sacrement. C'était une nuit de prière pour le sacerdoce qui commençait avec les vêpres du samedi soir et se terminait avec la Messe du dimanche matin. C'était tout catholique! C'était à la fois dépaysant et réconfortant. Il y a beaucoup de petits rituels à l'Église Catholique... Il y en a avec lesquels je ne suis pas du tout familière et il y en a d'autres qui me rappellent mon enfance.

J'y suis allée dans un esprit de réconciliation avec mes origines catholiques. Des confessionnaux étaient ouverts toute la nuit. La confession, c'est ce qui me faisait le plus peur quand j'étais enfant... Et c'est ce qui m'a le plus manqué dans l'Église protestante. Je me suis rendue compte, en vieillissant, que j'étais beaucoup plus sévère envers moi-même que les autres ne pouvaient l'être envers moi et j'en suis venue à penser que le Sacrement du Pardon ne pourrait que m'être bénéfique, parce qu'il me donnerait un peu de recul sur mes péchés. J'ai donc profité de l'occasion pour aller me confesser. J'ai demandé au vicaire si je devais confesser tous mes péchés des 20 dernières années, puisque je ne m'étais pas confessée depuis ma Première Communion. Il m'a dit de confesser seulement ce que j'avais sur le coeur: "Le reste, le bon Dieu le sait!" Je n'ai pas pu m'empêcher de rajouter "Pis le Diable s'en doute!" en pensant à ma mère qui dit souvent ça. Il était surpris qu'une jeune fille comme moi vienne se confesser comme ça, après 20 ans de silence et m'a demandé si j'envisageais embrasser une vocation dans l'Église. Je lui ai parlé de certains projets avec l'Église Unie et sa réaction a eu l'effet d'une bombe dans mon esprit: "C'est particulier qu'une Catholique soit appelée à accomplir une mission hors de l'Église..." Il y avait une fin à sa phrase, mais je ne l'ai pas entendue, parce que le début résonnait encore dans ma tête...

J'ai eu un choc en me voyant à la fois reconnue comme Catholique et comme agissant "hors de l'Église". J'ai eu de la peine pour ce vicaire qui ne voyait qu'une parti du corps du Christ (l'Église Catholique Romaine)... En même temps, je me suis vraiment sentie réconciliée à l'intérieure. C'est comme si Dieu venait de recoudre mon identité déchirée. Je me suis dit: "C'est vrai, après tout, que je suis Catholique. J'ai été baptisée et j'ai fait ma Première Communion dans l'Église Catholique. Il ne pourrait même pas entendre ma confession si je n'étais pas Catholique!" Je me suis sentie privilégiée d'avoir accès à cette partie du corps du Christ et, en même temps, j'ai ressenti la tristesse de Jésus.
"Jean lui dit: Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons en ton nom et qui ne nous suit pas, et nous l'en avons empêché, parce qu'il ne nous suit pas. Jésus dit: Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse aussitôt après parler mal de moi. En effet, celui qui n'est pas contre nous est pour nous." (Marc 9.38-40)

C'est comme si une pousse de réconciliation était sortie de terre dans le jardin de ma foi. Depuis, elle ne cesse de grandir! Hier, j'ai entendu Shane Claiborne en conférence qui disait que, quand on lui demandait s'il était Catholique ou Protestant, il avait l'habitude de répondre qu'il n'était ni l'un ni l'autre, qu'il était simplement quelqu'un qui suit le Christ. Maintenant, quand on lui demande s'il est Catholique ou Protestant, il répond "oui". Sans plus d'explication! Je me suis reconnue dans cette histoire, parce que je suis sortie du confessionnal en me sentant à la fois Catholique et Protestante. Je pense que chaque tradition chrétienne possède ses richesses et qu'on doit honorer la diversité des expression de la foi, tout comme ont doit honorer la diversité de l'humanité toute entière.

Ma vision du monde a changé depuis que cette pousse est apparue. Je ne réagis pas de la même manière qu'avant... J'ai des réflexes de réconciliation! C'est étrange et difficile à expliquer. Par exemple, sur le forum de l'Église Unie, il y avait des articles sur la manifestation contre la brutalité policière. Il y a quelques années, je me serais sentie obligée de prendre position un peu plus pour un camp ou pour l'autre avant d'écrire un commentaire (j'aurais probablement penché plus du côté des manifestants), mais cette fois-ci, j'ai écrit un commentaire sur la peur qui pousse à la violence de part et d'autre... J'ai senti le travail de Dieu sur ma capacité à ressentir de la compassion. À l'église que je fréquente, il est difficile de faire bouger les choses, parce que les personnes qui occupent des postes de pouvoir on tendance à s'y accrocher et à laisser peu de place pour les nouvelles initiatives, même s'ils disent souhaiter qu'il y ait de nouvelles initiatives. Cette semaine, je me suis sentie poussée par l'Esprit vers une tentative de réconciliation et un appel à la collaboration intergénérationelle. Je ne sais pas si mon initiative portera fruit, mais la pousse de réconciliation est là et bien vigoureuse!

Cette attitude empathique et cette volonté de collaboration n'est pas nouvelle chez moi, mais on dirait qu'elle s'est récemment développée d'une façon toute particulière... Comme si quelque chose venait de changer dans mon tempérament... Comme si ces comportements ne me demandaient plus aucun effort...

J'espère que cette pousse de réconciliation ne se flétrira pas, mais continuera de croître et portera fruit.

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